Coda – I

Le col d’Orion s’annonce toujours par des turbulences et des orages énergétiques. Les coupoles sont censées protéger les occupants des rayonnements nocifs. Tout le monde doute de leur efficacité. Les fulgurances colorées et les arcs électrostatiques sont d’une telle beauté que nous restons tous dans le poste de pilotage. Sans activer les occultants. Elena est absorbée par ce spectacle vénéneux et rare. La comparaison avec les aurores boréales est pauvre, mais elle demeure celle qui exprime le mieux cette féerie de formes et de couleurs. Des drapés de phosphorescences ondulant comme soulevés par des vents doux. Des irisations gigantesques réorientant le spectre lumineux du firmament, au gré des palpitations inertes qui creusent leur thorax incandescent – ainsi le cosmos respire-t-il. Des fleuves brûlant d’une lumière dense et solide comme une lave en fin de fuite. Tout à l’air de changer en permanence dans les confins immobiles, avec une lenteur qui frôle l’absence et l’inéluctable, tout à la fois. Brass nous a fait découvrir, un jour, la face cachée de ces figements explosifs aux couleurs indescriptibles. Un archi-convertisseur qui transpose tout simplement les données optiques sur une partition. Nous n’avons pas cru le résultat, il était pourtant évident. Dans ces espaces sans air, sans son, se développait une sorte de symphonie sans début ni terme, mais qui déroulait d’interminables mouvements d’une beauté inouïe, d’une eurythmie absolue. La projection synesthésique parfaite de ce qui nous était donné de voir. Je regrette que nous ne disposions pas, à l’instant, de cette application. Peut-être me serait-il donné d’entendre la pluie colorée qui envahit les yeux d’Elena alors qu’elle contemple ce théâtre de lumière. Sorte de bruine vivante qui enveloppe la neutralité permanente de son regard. Un puits où je me perds dès que j’en ai l’occasion.